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Res'Art Fec

Res'Art Fec

Res’ Art est un réseau des femmes artisanes soutenu et promu par l’association Femmes en communication depuis 2003 Nous avions une vingtaine d’artisanes qui ont bénéficié de Res’art, actuellement elles sont plus de 400. L’essence de Res’Art est de coupler la formation, la modernité les traditions, l’économie sociale et solidaire, et la promotion du savoir-faire féminin algérien. Res’Art est le premier réseau de commerce équitable Algérien

Réflexion suite à notre dernière expérience international

L’artisanat algérien est très beau et spécifique, il n’y a pas le même rapport de la clientèle « au souvenir à ramener » car ce n’est pas par le tourisme en Algérie qu’il peut se faire connaitre. Mais l’artisanat algérien est très beau, il pourrait trouver sa place sur le marché international et dès qu’on sort à l’étranger on voit que la clientèle à l’international l’apprécie pour son originalité. Son seul défaut, et notamment par rapport à l’artisanat marocain, est qu’il est trop cher.

Avec Res’Art nous avons fait une expérience cet été à Budapest en Hongrie, où nous sommes partis avec 6 artisanes algériennes dans une grande foire d’artisanat. Parmi les produits de Res’Art que nous avons présenté, ceux qui ont le plus intéressé la clientèle européenne, ce sont les tapis. Les tapis algériens en utilisant la même technique de tissage que les tapis Hongrois coutaient en moyenne 50% plus chers avec une matière première de moins bonne qualité, une laine mélangée à de l’acrylique alors que les tapis hongrois était 100% pur laine. Les tapis algériens plaisaient à une clientèle très variée: Hongrois, Allemand, Français, Italiens, Suisse, Roumains, Russes, mais aucun n’a été acheté à cause du prix trop élevé (de 6 000 da pour les petits tapis à 400 000 da pour les plus grands). Les gens demandaient une baisse d’au moins 20%, sacrifice que l’artisane algérienne ne pouvait pas accepter. Pour les petits tapis de l’artisane de Res’Art à 6 000 da, les tapis de même gabarit hongrois, 100% pure laine, fabriqués sur place (les artisans tissaient sur le stand) il fallait compter entre 2 000 et 3 000 da par pièce.

Pourtant le taux horaire de rémunération des hongrois est plus élevé que ceux des algériens (salaire moyen à temps pleins 50 000 da par mois), mais les hongrois sont producteurs de laine de mouton.

L’artisane de Tizi Ouzou, qui était avec nous, et qui fabriquait les tapis nous a expliqué qu’elle ne pouvait pas baisser ses prix car la matière première est très chère pour faire des tapis en Algérie et qu’il faut beaucoup de temps de travail. Je tiens à préciser que le prix du tapis n’était pas augmenté des couts de transports et de stand, ainsi que des coûts d’hébergement et de restauration de l’artisane pendant cette exposition puisque toute cette partie des frais étaient prise en charge par Res’Art et non pas supporté par l’artisane.

Pour ma part, je pense également qu’il y aussi un autre facteur qui empêche l’artisane algérienne de pouvoir être rentable sur le marché international. L’artisane hongroise peut consacrer 8h par jour à son artisanat, alors que l’artisane algérienne n’a pas la possibilité d’y consacrer plus de 4 à 5h par jour et elle ne pourra pas travailler 6 jours par semaine comme le fait la hongroise en raison de ses contraintes familiales. Le temps de confection du tapis est donc largement supérieur pour l’artisane algérienne que pour l’artisane hongroise. Cette différence est dû au fait que l’artisane algérienne n’est pas reconnue dans son environnement familial et social comme une professionnelle. Elle reste une « femme » avec des obligations familiales qui sont prioritaires sur son artisanat, pour elle même et pour son entourage. Nous savons en artisanat et notamment pour le tapis, que les artisans travaillent mieux et plus vite en évitant les interruptions dans la création des pièces. L’interruption fréquente entraine: une irrégularité dans le travail, un temps de travail beaucoup plus long car la mise en place est toujours chronophage et une moindre capacité à produire un stock.

Enfin, les artisanes algériennes ne sont pas familiarisées avec les marchés internationaux, la conversion des monnaies, les prix de gros et les prix au détail, le calcul des coûts de revient en intégrant les frais de transport, stand, hébergement et restauration, et le besoin de réactivité sur une foire internationale européenne.

Le client européen est pressé, si quelque chose lui plait il veut l’acheter maintenant et tout de suite. Et si l’artisane n’est pas en capacité de faire une proposition rapidement la vente est perdue définitivement. Le client européen a trop de choix: il a accès à une grande variété d’artisanat, il peut commander et acheter sur internet et être livré dans les 2 jours, il peut avoir des certificats de garantis par les artisans européens, Marocains, turcs, indiens (garantie 100 % laine, garantie argent véritable, garantie lavable à 30°C, 40°, 60% , lavage à sec uniquement, séchage en machine possible ou non…). Pour ce qui est de la bijouterie et du textile, ce sont toutes ses normes de garanties qu’aujourd’hui, les artisans algériens ne savent pas encore offrir. Le client européen peut retourner un produit qui est défectueux (ça fait partie des garanties) mais il me pourrait pas le faire avec l’Algérie puisque les artisans ne seraient pas en capacité de rembourser en euro du fait du blocage du système bancaire. Alors pourquoi l’amateur d’artisanat va-t-il prendre autant de risque en achetant un produit plus cher, souvent moins bien fini et trop long à commander et sans aucune garantie?

C’est pourquoi, même si le tapis algérien est apprécié à l’étranger, de part son coût de revient trop élevé, il n’y est pas facilement commercialisable, et c’est dommage.

Copyright Res’Art 2015,

Madeleine VERNET

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